Réflexions du fauteuil : la guerre de Cent Ans contre le décrochage scolaire
19 03 2009
Joé Juneau combat le décrochage scolaire par le hockey dans un pays en développement quelque part en Amérique du Nord.
Jacques Ménard a présenté mardi le rapport du groupe d’action sur la persévérance et la réussite scolaire, en un mot, le décrochage. Il fait dix recommandations pour atteindre l’objectif d’augmenter le taux de diplomation des jeunes de moins de 20 ans, de 69 à 80 % en dix ans, d’ici 2020. Désolé, mais je n’y crois pas, c’est complètement irréaliste.
Le taux de décrochage au secondaire est à 30 % depuis plus de 20 ans. Ceux qui croient qu’il est causé par la réforme, l’inclusion dans les classes régulières des élèves en difficulté ou la hausse de popularité des écoles privées se trompent. Le phénomène a des racines beaucoup plus profondes. C’est un problème psychosocial que ne se règlera ni en appliquant des recettes éprouvées ailleurs dans le monde, ni en injectant quelques dizaines de millions supplémentaires dans le système comme le propose M. Ménard. Le mal vient de ce que trop de parents québécois n’accordent pas assez d’importance à l’éducation de leurs enfants. Et ça, c’est une question qui est reliée à nos origines paysannes et catholiques et à nos complexes de peuple minoritaire. C’est dans notre tête que ça se passe.
Je crois que la grande majorité des parents de décrocheurs sont des losers qui pensent profondément qu’ils sont nés pour un petit pain. Je dis cela sans mépris, mais il y a parmi nous, nous en connaissons tous, des québécois qui n’ont pas d’ambition pour eux-mêmes et leur enfants. Ils sont fatalistes et croient qu’il n’y a rien à faire pour améliorer leur condition sociale. Ils n’ont pas les outils intellectuels pour comprendre les bienfaits de l’éducation. Ils affichent même souvent du mépris pour ceux qui occupent des postes prestigieux à cause de leurs capacités intellectuelles et de leur niveau d’éducation. Cela a souvent un rapport avec leurs propres carences à ce niveau-là, car beaucoup sont sous-éduqués. Ils sont persuadés que leurs enfants vont se débrouiller avec un secondaire 3 comme eux l’ont fait quand ils étaient jeunes. Ils sont sous informés et vivent dans un milieu carencé, alors ils ne comprennent pas que les temps ont changé.
Voici des statistiques qui expliquent le phénomène. Seulement 60 % des Québécois, contre 82 % des Canadiens, considèrent qu’il est extrêmement important d’acquérir les habilités pour obtenir un bon emploi. Seuls 61 % d’entre nous, contre 80 % des Canadiens, pensent qu’il est important de développer une attitude disciplinée par rapport aux études. Ces chiffres sont éloquents. Ces 40 % d’inconscients nous tirent vers le bas et empêchent notre société de progresser au même rythme que le reste du pays. Au Canada, seul le Manitoba a un taux de décrochage supérieur au nôtre. Nous sommes les cancres de l’éducation au pays. Et cela a un impact majeur sur la santé financière du Québec et notre richesse collective comme le démontre aussi le rapport Ménard.
Pour changer des attitudes aussi profondément ancrées chez une bonne partie de la population, je crois qu’il faut administrer un remède de cheval (le paysan en nous devrait comprendre cela) qui comporte des pénalités. Les sermons et les bonnes intentions ne sont pas suffisants. Je suggère deux avenues. Légiférer pour empêcher les entreprises d’engager plus de 15 ou 20 heures par semaine les jeunes de moins de 20 ans qui n’ont pas obtenu leur diplôme de secondaire 5 et changer les conditions d’obtention des permis de conduire et d’immatriculation. Le permis de conduire devrait rester temporaire jusqu’à l’obtention du diplôme secondaire ou l’âge de 20 ans et on ne pourrait pas obtenir un permis d’immatriculation tant que ces conditions ne sont pas respectées. Si à 20 ans, le jeune n’a pas terminé ses études secondaires, son permis serait automatiquement suspendu jusqu’à ce qu’ils les terminent avec succès. Je suis certain qu’avec de telles mesures le niveau de décrochage baisserait comme par magie, car la majorité de ceux qui quittent le secondaire prématurément le fait pour travailler au plus vite, gagner de l’argent et s’acheter un char.
Mais je rêve en couleur. Il n’y a pas un gouvernement assez courageux pour se mettre à dos 40 % de la population. Alors, la guerre contre le décrochage durera au moins 100 ans, car il faudra plusieurs générations pour que l’augmentation du taux de diplomation des futurs parents contribue à faire baisser le taux de décrochage de leurs enfants.
Publié par : jacqueso à 00:43:45
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